Métier de prof de yoga : retour d’expérience

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Ces derniers temps, j’ai rencontré ou été contactée par plusieurs personnes désireuses de se former au métier de prof de yoga et d’autres en phase de lancement de leur activité. Ça m’a un peu surprise je l’avoue, car si ces dernières années plusieurs collègues se sont lancé.e.s, leur nombre a considérablement augmenté récemment : peut-être que les confinements ont amené des prises de conscience, des envies de renouveau, de donner plus de sens à ce qu’on fait ? En tout cas, le fait est là : le yoga a de beaux jours devant lui, avec de multiples profs motivés à partager son chemin ! j’ai reçu de nombreuses questions, toutes sensiblement similaires. Alors je me suis dit, autant apporter une réponse collective ! Bien sûr, mes réponses n’engagent que moi puisqu’elles sont le fruit de mon vécu, de mon expérience personnelle. N’hésite pas à questionner d’autres profs pour te faire un avis global 🙂

Depuis combien de temps fais-tu ce travail ?
J’ai commencé à donner quelques cours en 2014, juste comme ça. Mon but n’était pas à l’époque de devenir enseignante, je me suis formée pour approfondir ma propre pratique. J’ai postulé pour un job, et sur mon CV, j’ai indiqué que j’étais formée au yoga. Ça a plu aux recruteurs, qui m’ont demandé de proposer un cours entre midi et deux pour mes collègues : je me suis prise au jeu, c’est de là que tout a commencé 😉
Puis, deux ans plus tard, j’ai eu envie de tenter ma chance à temps plein. Je n’avais pas d’enfant, pas d’emprunt, pas d’attache, je me suis dit « c’est le moment ou jamais, je me donne trois ans et ensuite on avisera ». Je me suis lancée en 2016, et je suis toujours là aujourd’hui !

Quelle est ton parcours/ ta formation pour arriver à ce métier ?
Enseigner le yoga est une formation continue. Je suis à la fois élève et enseignante, depuis toujours et pour toujours !
J’ai démarré avec un 200h, puis ai poursuivi avec un 300h, des formations complémentaires (personnes à mobilité réduite, pré et postnatal, enfants, yoga du son, yin yoga) à raison d’une formation par an environ (hors Covid), pour nourrir ma pratique et ajouter quelques cordes à mon arc. Ça c’est pour la partie yoga « pur ». Au départ, c’est clair, on est surtout prof d’asanas, car les formations c’est bien, mais il y a surtout l’expérience personnelle qui découle de la pratique.
Je suis aussi très régulièrement des cursus en ligne, par exemple des approfondissements en ayurveda, en anatomie, en cycles féminins, en accompagnement périnatal holistique… En présentiel, j’aime participer à des stages auprès de collègues yogis expérimentés. Je prends des cours de chant et de musique aussi, pour apprendre à poser, à travailler ma voix et en faire un véritable outil vibratoire. Enfin, le centre spirituel que j’ai l’habitude de fréquenter ayant (enfin!) ré-ouvert ses portes, je vais pouvoir reprendre mes séjours de pratique en immersion pendant les vacances scolaires.

Quelle formation me conseillerais-tu pour faire ce métier?
Il y en a énormément, à toi de voir laquelle fait vibrer votre cœur 🙂 J’ai par exemple assisté à un week-end découverte d’une formation, pour voir si cela me correspondait : au final, le directeur de formation m’a tenu un speech genre « on est la meilleure formation qui soit, toutes les autres sont nulles ». Ça a été rédhibitoire pour moi : à partir du moment où on a besoin d’écraser les autres pour exister, c’est qu’il y a un problème de fond. Alors ne pas hésiter à tester, à rencontrer les formateurs, à les questionner sur leur parcours, et voir si ça résonne pour toi ! Le yoga n’est pas toujours un monde de Bisounours, surtout avec l’engouement qu’il connaît. Il crée de grosses opportunités de profits pour certains, et j’ai rencontré plusieurs enseignants qui ont déploré cet aspect mercantile dans nombre de formations proposées sur le marché. Vas-y donc avec prudence et fais confiance en ton instinct !

Selon toi, quelles qualités sont nécessaires pour exercer ce métier ?
Être (très) disponible, à l’écoute. Le prof de yoga devient parfois le confident, celui qui renvoie vers d’autres professionnels lorsque c’est nécessaire, ou simplement celui qui reçoit la parole, sans jugement. Avoir un bon réseau est important, justement pour pouvoir aiguiller les yogis dans le besoin et aussi parce que nous sommes nombreux à proposer des cours : les premiers élèves sont souvent des amis, des proches, des collègues de bureau…
Ah, et un autre aspect important qu’on a tendance à oublier : le prof de yoga est le plus souvent à son compte ! Ça veut dire qu’il faut avoir/développer des qualités de gestion d’entreprise, même s’il n’y a que nous dedans. Démarcher des structures, gérer les contrats, les factures, la compta… On en reparle juste après 😉

Peux-tu décrire l’ensemble des tâches/des missions ? Organisation de ta semaine professionnelle ?
J’ai pas mal tâtonné pour trouver mon rythme de croisière, mais globalement depuis que je suis maman je donne 8 à 12 cours par semaine. Certaines semaines « seulement 8 », donc plus légères, d’autres plus chargées. Cette alternance me convient. Attention : dire « je donne 8 cours par semaine » ne signifie pas travailler 8 heures seulement ! D’une part car les cours peuvent durer 1h15 ou 2h, mais aussi parce qu’à cela s’ajoutent la préparation des cours, les déplacements, l’accueil des élèves, parfois le rangement/nettoyage des salles en fonction des lieux… Et puis il faut aussi compter une dizaine d’heures de travail administratif : répondre à des mails, à des appels téléphoniques, établir des contrats avec les structures (entreprises, institutions etc), générer des factures, suivre des paiements, paperasses Urssaf impôts et compagnie, créer des contenus pour le site ou les réseaux sociaux si on choisit d’avoir une présence sur internet, planifier les prochains rendez-vous… Rien d’insurmontable, mais mis bout à bout, ça occupe pas mal !
Je travaille 3 à 4 soirs par semaine maximum en fonction des semaines, et un à 2 week-ends par mois maxi.
Le soir où je rentre le plus tard, il est 21h45.

Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce métier ? Quels sont les aspects positifs ?
Le fait d’être à mon compte, donc libre de ce que je fais ou ne fais pas. Libre de dire oui ou non à une proposition, de m’associer à X plutôt qu’à Y, libre de choisir. Enfin, pour être tout à fait honnête, au début on a pas toujours le choix, on dit oui à tout car on a besoin de mettre du beurre dans les épinards. Le luxe du choix vient avec le temps, lorsque notre place est faite.
J’adore transmettre ma passion, mon mode de vie. Je vis yoga, je respire yoga, du moins j’essaie. J’aime avoir l’impression que ce que je fais a du sens, que tout ce que je vis, lis, écoute, expérimente dans ma vie personnelle peut être réinjecté directement dans mes cours. J’aime me sentir utile… Donc mes loisirs, vacances, expériences diverses sont toutes tournées vers le yoga au sens large : je ne déconnecte jamais vraiment, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient ! Je constate que je me fais du bien à moi aussi tout en travaillant, la plupart du temps. Enfin, il m’est précieux de sentir que j’apporte ma petite et humble pierre au monde.

Quelles sont les contraintes, les aspects plus difficiles ?
Tout ce qu’on ne voit pas lors d’un cours : la fatigue physique, l’immense disponibilité psychique et énergétique que ça demande de transmettre. Devoir faire du yoga pour « gagner sa vie » et perdre parfois de vue la notion de plaisir. L’image que les gens ont de moi : elle est prof de yoga donc doit être comme ceci ou comme cela… Les attentes des gens sont parfois énormes. Il y a beaucoup de fantasmes !
Il y a aussi le côté insécurité de cet emploi. Une entreprise ou une institution qui ne renouvelle pas son contrat, le propriétaire d’une salle qui t’annonce qu’il ne la louera plus, le Covid… On ne sait jamais de quoi demain sera fait. En gros, je suis engagée pour 10 mois auprès des partenaires, mais à chaque rentrée tout est remis à plat. Un exemple d’insécurité de ces dernières semaines : je suis enceinte et j’ai dû trouver des remplaçants pour assurer la continuité de mes cours. Il y a toujours l’incertitude de retrouver mes cours après, car mon remplaçant temporaire peut devenir un remplaçant permanent… Les élèves peuvent ne plus être au rendez-vous, surtout avec le nombre d’enseignants qui ne cesse de s’étoffer. Il faut alors avoir confiance en ce que l’on offre, en notre valeur, et ça n’est pas toujours évident. Je me dis régulièrement que si demain ça ne « marche » plus, je trouverai autre chose. Je crois en la Vie 🙂

Et puis être à son compte, c’est aussi devoir honorer ses engagements même en étant pas en forme. Je ne parle pas du Covid ou d’un truc qui te cloue au lit et ne te laisse aucun choix, mais il y a bien des fois où je serais bien restée au chaud chez moi car crevée ou avec la tête/le nez/le ventre en vrac par exemple, mais où il faut y aller quand même ! Depuis 2016, je ne me suis arrêtée que deux jours : une fois car j’ai été hospitalisée pour urticaire géant et début d’œdème de Quincke, et la seconde à cause d’une gastro. Sinon, j’ai enseigné un très grand nombre de fois accrochée à ma boîte de mouchoirs, les yeux brillants, à bonne distance de tout le monde. Parce que ne pas travailler signifie ne pas gagner d’argent, et dans certains cas c’est délicat… Pareil pour mon congé maternité : j’ai fait le choix d’être raisonnable sur la durée de mon arrêt, mais je sais pertinemment que je ne serai jamais totalement en mode « off », ou du moins pas bien longtemps. Il y aura toujours des mails, des appels, des choses à faire pour faire vivre mon activité même pendant mon absence !

Enfin, un dernier aspect pas facile à gérer est que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir enseigner. Cela réduit parfois nos marges de manœuvre, et nous fait bien travailler sur notre confiance en nous, en tout cas pour moi ! Je peux donner l’exemple de mon secteur : j’exerce à Niort, un ville moyenne de 60 000 habitants environ, dans un département plutôt rural. Nous sommes entre 35 et 40 profs à y enseigner dans un périmètre de 20 kms disons, et une dizaine sont en cours de formation. Bien sûr, ça n’est pas un décompte exhaustif, juste qu’un jour on s’est amusés avec un collègue à faire une liste pour voir ! Il y a dans le lot des personnes à la retraite, d’autres ayant une activité à côté… De tous les profils.

Travailles-tu avec d’autres professionnels ? Avec des structures extérieures à l’entreprise ?
Oui, pleins ! Entreprises, institutions, associations, prof de chant, musicien… Et je les choisis avec soin et bonheur 🙂

Peux-tu me parler des conditions de travail liées à ce métier (horaires, déplacements, travail en extérieur, le week-end,…) ?
Puisque le yoga est un loisir, les cours ont surtout lieu en soirée et week-ends. Quelques cours en journée lorsque le public est différent : seniors, scolaires…
J’ai fait le choix de ne pas avoir de salle à moi (ça implique beaucoup de charges) mais du coup je passe du temps en déplacement entre les différents lieux de pratiques et je jongle avec des trousseaux de clés !
J’ai aussi fait le choix d’avoir un emploi du temps fixe, mais avec des variations : parfois des semaines légères, avec seulement 8 cours, parfois des semaines plus chargées où je travaille 6 jours d’affilée. J’essaie de garder mon dimanche, à part un ou 2 par an pour organiser des week-ends de yoga.

Quels sont les salaires proposés ? Au commencement, progression, en fin de carrière ?
Ça dépend beaucoup du nombre de cours que l’on donne et de la négociation qui est faite avec le partenaire (entreprise ou institution) ou des prix que l’on fixe.
Un truc hyper important à savoir en démarrant : il faut lisser les entrées d’argent sur l’année ! Beaucoup d’argent arrive en septembre (abonnements annuels notamment), nettement moins en décembre par exemple (demi-mois), quasi rien en août sauf si tu trouves des contrats saisonniers… Il faut donc jouer avec Excel pour savoir combien tu peux te verser chaque mois et ne pas te retrouver dans le rouge. Il y a clairement des mois creux, et d’autres très généreux. Pour ma part, j’ai fait mes calculs pour me verser le même salaire quel que soit le mois. Ça me donne une stabilité.
Il n’y a pas à proprement parler d’évolution de carrière, enfin il ne me semble pas. Bien sûr, on peut proposer d’augmenter un peu le prix de nos prestations, pour suivre l’inflation. Ou on peut revaloriser un contrat avec un partenaire au nom de l’ancienneté, s’il est partant. Ça se tente ! Attention tout de même : l’ambiance hyper concurrentielle rend parfois les choses délicates. Je pense que si on souhaite gagner plus il est nécessaire de… mieux négocier ses contrats, ouvrir à plus d’élèves, ou donner plus de cours.
Attention tout de même dans la course aux cours à bien gérer son énergie, car un prof de yoga qui court partout ou fait un burn out, c’est quand même dommage 😉
Peut-être est-ce là l’occasion de se questionner sur nos besoins réels ?

Quel est le statut de ton entreprise ? Quel est le meilleur statut selon toi pour démarrer ?
Je suis micro-entrepreneure. J’ai démarré comme entrepreneure-salariée au sein d’une scop, une coopérative d’activités et d’emploi : ça m’a énormément soutenue dans les premiers mois, pour me mettre sur les rails de la création et de la gestion d’entreprise. C’est génial d’être à la fois sa propre patronne et salariée de sa propre activité. Le seul hic, c’est que ce statut coûte très cher : je me revois encore me pointer un jour dans les bureaux de la scop, hyper fière alors que je venais de faire un super mois de septembre avec une jolie liasse de chèques, et prendre une douche froide… Une fois les charges payées, il ne me restait plus grand-chose. Alors je suis devenue micro-entrepreneure, j’étais prête car désormais je savais ce qui était attendu en termes de gestion d’entreprise (et j’ai fait des études dans ce sens, ça aide on va pas se mentir!).
Je sais que de nombreux profs de yoga pensent au statut associatif. Attention : si tu souhaites être rémunéré.e tu ne peux pas faire partie du bureau, et donc l’asso ne t’appartient pas vraiment. Pour ma part je souhaite vraiment être libre de mener ma barque comme je l’entends.

Quels conseils me donnerais-tu pour démarrer une activité de professeur de yoga?
Comme mentionné en introduction, nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter enseigner le yoga. Pour faire son trou, il est donc nécessaire d’être vraiment « bon » : une bonne énergie, des cours passionnants et riches, un cœur généreux, une belle adaptabilité, un alignement intérieur fort, de l’amour en barre ! Et en parallèle, une bonne communication, un bon réseau, un bon bouche-à-oreille (ça marche beaucoup comme ça aussi)… Et puis il y a la « grâce » comme le dit Amma, une forme de destin : certains auront beau tout faire bien comme il faut, leur chemin n’est pas là et ça ne fonctionnera pas. Pour d’autres au contraire, les portes s’ouvriront comme par magie, parce qu’ils étaient « attendus ».
Enfin, ne perds pas de vue ta propre pratique… Lorsque l’on donne un cours, on est là pour les autres, pas pour soi. Le regard, l’énergie se portent vers le groupe. Or, tu le sais si tu en es là, le yoga c’est avant tout une aventure intérieure… Alors bonne route à toi !

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